Alexandre Dumas, un roman vivant à lui tout seul

La vie d'Alexandre Dumas est un régal (plusieurs biographies sont au cdi) car l'auteur des Trois mousquetaires eut une vie personnelle aussi riche, variée, mouvementée et amusante que celle de ses héros. Des femmes innombrables, des bâtards ici et là, des succès triomphants, des voyages extraordinaires, des révolutions, des gains fabuleux, des pertes en affaires non moins monumentales, des réceptions fastueuses, la construction d'un château qu'il dut revendre tout de suite, j'en passe et des meilleures. Notre lycée porte le nom d'un homme ayant su élevé sa vie au rang de chef-d'oeuvre. Un modèle à suivre ?

Amine Hafidi, Ex-Seconde 3, Liad -Alger, juin 2012

Alexandre Dumas est né le 24 Juillet 1802, fils du général Dumas, grand gaillard dont on nous raconte qu'il était capable de faire rentrer tous ses doigts dans des canons de fusils et ainsi de les lever ensemble. Son grand-père était un marquis dévoyé, parti s'installer à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti). Il y fit la connaissance d'une femme répondant au nom de Marie Cessette, d'origine «indigène», ce qui fit du père de Dumas un métisse. Nombre d'adversaires attaquèrent Dumas en raison de cette origine métissée.

Pas fort en thème M. Dumas ?

Sa mère, Élisabeth Labouret,  était issue de la bourgeoisie de Villers-Cotterets. Elle fit une brillante carrière dans les armées de la révolution, mais ne se rallia jamais à l'Empire en raison de ses opinions républicaines. A trois ans, Alexandre perd son père, ce qui le privera de ressources financières. Néanmoins, cela ne l'empêche pas de s'instruire, ce qu'il doit souvent seul, en autodidacte. Il lit ainsi la Bible, des récits mythologiques, l'Histoire naturelle de Buffon, Robinson Crusoé et les Mille et une nuits, oeuvres qui toutes l'emportent vers le merveilleux et l'imaginaire.

Toutefois, en 1815, après Waterloo et la chute de Napoléon, quand un officier anglais s'installe chez lui, ils ne peuvent  communiquer qu'avec quelques mots et bribes de latin... ce qui montre que le bagage intellectuel de Dumas est alors fort simple. A l'école, si son écriture est assez belle, nourrie par toutes sortes de lectures,  Alexandre est une véritable catastrophe en latin où il éprouve les plus grandes difficultés et, en mathématiques,  il est tout simplement nullissime. En histoire, seuls les mythes et les légendes l'intéressent.

L'entrée dans la littérature par la porte du... vaudeville

Pour vivre, il est obligé de travailler dans une étude notariale. C'est à cette période qu'il fait la connaissance  d'Adolphe Ridding de Leuven qui sera un de ses  meilleurs amis et le poussera à écrire des histoires. En effet, vers 1822, Alexandre et Adolphe publient ensemble un vaudeville, Le major de Strasbourg, qui sera la première oeuvre littéraire de Dumas. C'est alors qu'il se rend pour la première fois à Paris et le premier endroit auquel il se rend est la Comédie-Française, où il assiste à une représentation de Sylla joué par Talma (un des plus grand acteurs de théâtre du XIXème siècle). A la fin de la représentation, il se rend dans les loges pour voir le grand acteur à qui il demande une bénédiction. Sans connaître Dumas, Talma lui dit alors : « Alexandre Dumas, je te baptise poète au nom de Shakespeare, de Corneille et de Schiller... » Dumas dans ses mémoires déclara plus tard : « Comment eusses-tu vu en moi, Talma, puisque je n'y voyais pas moi-même ? »

Le romantique

En 1823, il arrive à Paris pour s'y installer et, grâce au général de Foy, ancien ami de son père, il accède au secrétariat du duc d'Orléans. En 1824, il réussit à se faire suffisamment remarquer pour devenir un des premiers secrétaires du duc d'Orléans et peut faire venir sa mère à Paris. En 1824, la mort de Lord Byron, Prince des poètes en ce début de siècle, bouleverse le monde littéraire parisien, en plein mouvement romantique. Dumas dévore Shakespeare et Walter Scott, alors très à la mode grâce à ses romans historiques ; il apprend même suffisamment d'anglais pour traduire Ivanhoé. Simultanément, il apprend l'allemand pour lire et comprendre Goethe et Schiller. Pendant ce temps, et notamment grâce aux salons des peintres, Hugo, Delacroix, Vernet et d'autres grands noms se retrouvent dans divers salons. Dumas est pris par son travail de secrétariat mais, malgré tout, il commence à être connu dans les milieux artistiques et littéraires. Engagé dans le courant romantique, Dumas se lie d'amitié avec Géricault l'auteur du Radeau de la Méduse. Il sera auprès de lui lorsque celui-ci prononcera son dernier soupir.

Au fil de ses lectures, il découvre Henri III et écrit un drame historique Henri III et sa Cour, qui remporte un éclatant succès... Lors d'une représentation, le Duc d'Orléans est présent dans la salle et, à la fin du spectacle, salue devant tout le monde son secrétaire d’écrivain. Galvanisé par ce succès, il écrit Antony et Christine en six semaines et se jette en même temps à corps perdu dans la bataille d'Hernani pour soutenir Hugo et le romantisme.

Le Révolutionnaire

En 1830 a lieu le premier grand événement auquel assiste Dumas : la Révolution de juillet, qui chasse Charles X du trône. Ni une ni deux, Dumas est dans les rues de Paris, avec les émeutiers.  Avec eux il s'empare de l'Arsenal, afin d'y prendre des armes, mais le lettré qu'il était a conscience des richesses historiques conservées dans ce lieu : pour leur éviter de tomber entre les mains de pilleur et de voleur, il prend une série d'armes anciennes et historiques, telles que le casque, l'épée et le bouclier de François Ier ainsi que l'arquebuse de Charles IX. Dumas dépose tout cela chez lui avant de retourner prendre la cuirasse de François Ier. Il l'enfile et traverse ainsi les rues de Paris, moitié personnage du XIXe siècle, moitié personnage du XVIe siècle. Durant cette révolution, il est également chargé d’amener aux révolutionnaire parisiens la réserve de poudre de Soissons et ce, avec un ordre falsifié. Après de nombreux rebondissements, très romanesques, Il réussit à arriver au bout de sa mission. Mais ce travail sera vain car, arrivé à paris, la révolution est d'ores et déjà terminée et ce sont les bourgeois qui l'ont récupéré, au détriment du peuple.

Dumas sportif

Le 3 Mai 1831, il connaît un grand triomphe, avec sa pièce Anthony, considéré comme un des plus grands triomphes du romantisme. En 1832, Paris est touché par une épidémie de choléra. Dumas n'est pas épargné et, suite à un malentendu, boit un verre d'éther pur pour se soigner. Son état médical est grave, il part en Suisse pour une convalescence. Il se refait une santé, par de fréquents exercices physiques, en faisant des promenades sportives, gravissant des glaciers et traversant des lacs en barque ou à la nage. Il redevient maître de son corps.

Ogre de la littérature, grand voyageur et bourreau des coeurs

 Il entame ainsi une tradition de fréquents voyages, qu'il fera au cours de sa vie. En Août 1835, il est à Naples. En Septembre, il est à Palerme où il vivra une romance avec une cantatrice, une parmi de nombreuses autres conquêtes. En 1840, il épouse l'actrice Ida Ferrier dont il divorce en 1844. C'est à cette même période que l'écrivain Auguste Maquet entre à son service, celui que certain considèreront comme son «nègre» et qui sera, avec Dumas, l'auteur de bon nombre de ses oeuvres. Ayant déjà fait paraître le récit de ses voyages dans des journaux, il signe avec Émile de Girardin, le patron du journal La Presse, un contrat pour publier des récits en feuilleton : 1,25 franc la ligne.

En 1839, il est toujours tourné vers le théâtre et fait représenter Mademoiselle de Belle-Isle qui connaîtra un grand succès. En 1840, il est à Florence pour deux ans. Il en profite pour  visiter la Corse et l'ile d'Elbe. En 1842, de retour à Paris, il prépare une série de romans pour l'année qui va suivre, notamment Le chevalier d'Harmenthal en 1843.

Et en 1844, il publia 6 romans, dont Les trois Mousquetaires et le début du Comte de Monte-Cristo. Le succès continu, Dumas fait paraître la suite des Trois mousquetaires avec, en 1845, Vingt ans après et en 1848 le Vicomte de Bragelonne ; en 1845, La Reine Margot ; en 1846, La Dame de Monsoreau et et Joseph Balsamo. En 1849, Le collier de la reine pour marquer une pause en 1853 avec Ange Pitou.

Les revenus de ses productions lui permettent, en 1843, de s'installer à Saint-Germain-en-Laye où il fera construire son château, ce sera le château de Monte-Cristo. En 1846, il arrive à l'apothéose de sa »’(-è_çà carrière en fondant le Théâtre-Historique qui connaît une activité intense mais, en 1850, il est mis en faillite. Et cette année 1846, il part en voyage en Algérie à la demande du Gouvernement. Après un passage par l'Espagne, le Maroc puis Tunis, il arrive à Alger le 30 Novembre. Il assiste alors à de nombreuses fêtes et cérémonies pour découvrir les mœurs et coutumes de l'Algérie. Le récit de voyage qu'il en fit (disponible aux éditionx Palimpseste sous le titre du Véloce, du nom du navire qui le transportât) permet de découvrir un paysage oriental aux contrastes riche ; le 4 Janvier 1848 il est de retour à Paris ou l'attend… une nouvelle révolution.

A nouveau emporté dans les tumultes du siècle

 En 1848, c'est une révolution qui change vraiment tout qui arrive. Celle de 1830 avait remplacé une Monarchie par une autre, celle de 1848 instaure la deuxième république véritablement révolutionnaire. Elle sera courte car, en 1851, le Président de la République  n'est autre que Louis-Napoléon Bonaparte. Il fait un coup d'état et instaure le Second Empire. Nombre d'opposants au coup d'état, dont le plus célèbre est  Victor Hugo,  doivent s'exiler. Hugo sera d’abord en Belgique puis dans les îles anglo-normandes d’où il écrira Les châtiments.

 

Dumas entame lui aussi une période difficile, car il a de plus en plus d'ennuis avec la censure impériale. Sa pièce La Jeunesse de Louis XIV est interdite en raison d'allusions voire de critiques directes au régime en place. Qu'a cela ne tienne, en trois jours, il écrit La jeunesse de Louis XV qui sera de nouveau interdite par la censure.

Les circonstances politiques lui faisant même perdre ses publications dans des journaux, Dumas crée son journal en 1853 qui durera jusqu'en 1857 : Le Mousquetaire. En 1859, il est en Russie pour toute l'année. Début 1860, il rejoint Garibaldi et ses chemises rouges pour réaliser l'unification de l'Italie. Il sera de nouveau à Naples après la prise de la ville par Garibaldi. En 1865, il ne supporte plus Paris et part en voyage en Italie puis en Allemagne et enfin en Autriche. Il retourne après en France pour rester dans un calme relatif en s'occupant surtout de maintenir son journal. En 1870, Alexandre Dumas assiste à l'entrée en guerre de la France et de la Prusse, cette guerre franco-prussienne qui sera cause de l’effondrement de l'Empire. Et c'est dans ce climat lourd que, fatigué, et avant l'arrivée d'un hiver très rigoureux, Dumas mourut le 5 Décembre 1870.

Avec Balzac, Alexandre Dumas fut le grand ogre de la littérature française au XIXè.

Juin 2012

Amine Hafidi, Ex-Seconde 3, Lycée international Alexandre Dumas - Alger