"Hic est quaestio". Portrait de Le Hic, caricaturiste au journal El Watan

Deux élèves de Seconde du LIAD d'Alger remportent en 2012 le concours AEFE de journalisme "Paroles de presse"

Yousra Serine Chekroud et Amina Mebarek, élèves de Seconde 1, ont remporté le concours de l'AEFE « Paroles de presse », dans la catégorie Lycée, pour leur article sur le Hic, dessinateur à El Watan, qu'elles avaient rencontré au Cdi en février 2012, en compagnie d'une trentaine d'autres élèves inscrits au concours, de la sixième à la seconde.

C’est au musée du Quai Branly, à Paris, qu’ont été proclamés, le 21 mars 2012, les résultats du concours, organisé par l’AEFE, en partenariat avec la MLF et TV5MONDE. Cette 4e édition portait sur le genre journalistique du portrait. Les élèves avaient à dresser le portrait « papier » ou vidéo d’un artiste ou d’une personne œuvrant au rayonnement culturel du pays où est implanté leur établissement scolaire.

Merci encore à tous les élèves participants pour leur dynamisme, leur fraîcheur et leur talent !

Le Hic : " Hic est quaestio* "

C’est derrière un pseudonyme sympat-hic et un petit bonhomme au bouc, aux lunettes rondes et à la casquette omniprésente que se cache Hichem Baba Ahmed, caricaturiste pour la presse algérienne.

Faire de sa passion son métier

Avoir une passion, c’est bien. Vivre de sa passion, c’est encore mieux. Aussi longtemps qu’il s’en souvienne, Hic a toujours dessiné : « J’ai appris à dessiner avant même d’apprendre à marcher. » nous dit-il. Petit déjà, il ne se lassait pas de recopier les héros de ses albums BD préférés, Tintin et Astérix. Cette passion ne l’a plus lâché, et c’est ainsi que pendant toute sa scolarité, les caricatures de ses professeurs noircirent les marges de ses cahiers. Hichem est ce qu’on appelle un autodidacte : son talent, il ne le doit qu’à lui même. Faire du dessin son second métier, il l’avait toujours projeté, mais c’est au terme de ses études universitaires en aménagement que sa passion a repris le dessus. Le directeur du quotidien L’Authentique, intéressé par ses caricatures, le contacte : « J’étais tellement heureux qu’aussitôt le coup de fil reçu, j’ai appelé toutes les personnes de mon entourage pour leur annoncer la nouvelle ! » confie t-il. C’est là que sa carrière de dessinateur pour la presse débute. Il dessinera pour de nombreux quotidiens, parmi eux Le Matin, Le Jeune Indépendant, Le soir d’Algérie, et contribuera à plusieurs journaux satiriques comme L’époque ou El Minchar. Actuellement, on peut admirer ses caricatures dans El-Watan, et dans El Bendir, revue algérienne dédiée au 9e art dont il est le fondateur. Il publia également plusieurs recueils de ses dessins pour la presse. D’ailleurs, Hichem nous confie que la sortie du prochain est prévue pour le mois de mars !

Un crayon, de l’humour et une cause

La principale vocation d’un dessinateur de presse, c’est de corrompre les mœurs de la société par le rire. « Je dessine ce que moi je pense, mais aussi ce qu’ils pensent, eux.» c’est la devise de Hichem. A travers ses dessins humoristiques, il dénonce, tout en informant, les problèmes de la société algérienne, comme le chômage ou la pauvreté. Mais pour être caricaturiste, les idées ne suffisent pas : il faut aussi savoir manier le crayon. Pour réaliser ses dessins de presse, Hichem procède par étapes : sur une feuille blanche il fait d’abord son croquis au crayon, il le retravaille ensuite à l’encre de chine, puis le scanne, et enfin le met en couleurs à l’aide d’un logiciel de dessin.

Les hics du métier

Exercer son métier de caricaturiste n’est pas facile en Algérie. Partout la censure rode. En 2005 cela a valu à Hichem un souci avec la justice « Je devais me rendre au tribunal tous les mercredi pendant deux ans pour expliquer le pourquoi de mes dessins. C’était très pénible. ». Nous lui demandons s’il pense que la société algérienne, plus censurée, le freine dans son métier, ce à quoi il répond qu’elle ne l’est pas plus que d’autres et qu’exercer son métier à l’étranger ne l’intéresse pas puisque chaque pays a ses tabous, même s’ils sont différents.

Parfois aussi, la censure vient du peuple : les dessins du Hic ne font pas toujours l’unanimité ce qui déchaine les critiques. Mais pour Hichem l’important, c’est de ne jamais être à cours d’arguments pour se défendre, quel que soit le projet que l’on veut mener à bien. L’artiste voit ça comme étant positif, « J’ai aussi besoin de ceux qui critiquent, c’est ce qui fait avancer. ».

Curieuses, nous avons questionné Hic sur son point de vue concernant l’affaire Charlie Hebdo, qui pour rappel, avait fait une grande polémique au sein de la société musulmane qui reprochait aux caricaturistes du journal d’avoir représenté le prophète Mohammed, il nous dit qu’il ne faut pas confondre liberté d’expression et provocation. Pour lui, l’autocensure est indispensable chez un dessinateur de presse, et bien que les journaux pour lesquels il travaille ne lui imposent ni sujet particulier, ni frontières, il sait se poser des limites.

Par ailleurs, le métier de caricaturiste est très sous-estimé en Algérie. Le 9e art n’est pas apprécié à sa juste valeur et le manque de festivals lui étant dédiés n’aident pas à sa revalorisation. Les Algériens montrent peu d’intérêt pour cet art. Les dessinateurs tentent de s’imposer, et leurs efforts ne sont pas totalement vains : aujourd’hui on retrouve nombre de caricaturistes connus dont Le Hic et son célèbre homologue Dilem, auquel il est sans cesse comparé. Nous lui demandons son avis sur la question. Il rétorque qu’il ne voit pas cela comme un dilemme : pour lui, il n’est rien d’autre qu’un confrère et il ne voit aucune concurrence entre eux deux.

Et s’il y a bien un message que voudrait faire passer Hichem aux jeunes graines de caricaturistes, c’est qu’un dessinateur de presse doit être curieux de tout : lire, écouter, observer, et décrypter. Mais pour réussir dans le domaine selon lui, il faut certes un peu de talent, mais aussi beaucoup de chance. C’est à cette chance qu’il dit devoir sa notoriété aujourd’hui. Et lorsqu’on lui demande ce qu’il aurait fait s’il n’avait pas eu l’opportunité d’exercer son métier, il répond « J’aurais continué dans ma lancée. Je serai sûrement à l’heure qu’il est assis à un bureau dans une entreprise, mais surtout, je n’aurais jamais été aussi heureux. ».

Février 2012


CHEKROUD Yousra Serine
et MEBAREK Amina, ex-Seconde 1 OIB - LIAD, Alger



*expression latine signifiant « ici est la question »


Encart de présentation

Le Hic en quelques dates 

  • 1969 : naissance du Hic.
  • 1998 : arrivée dans la presse.
  • 2006-2009 : il rejoint Le soir d’Algérie.
  • 2009 : il publie « Nage dans ta mer », un recueil de ses dessins parus au soir d’Algérie. Il rejoint El-Watan. Naissance de la revue de BD algérienne El Bendir dont il est le fondateur.
  • 2010 et 2011 : il publie « L’Algiré » et « Dégage », recueils de ses dessins parus à El-Watan.